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Sakaÿ Shawty – Poète des temps modernes, présente « Snowden » by Tooln

Un constat

La diversité individuelle fait la force d’un groupe. La semaine dernière, nous avons découvert ensemble le groupe TOOLN, aujourd’hui nous allons vous présenter un de ses membres. Dans cet article, vous allez en savoir un peu plus sur Sakaÿ Shawty, mais aussi sur l’histoire d’un de leur titre Snowden. Une symphonie des temps modernes, qui nous pousse à nous poser des questions sur notre capacité à défendre nos valeurs. Si vous n’avez pas encore écouté leur album, je vous invite à le faire en cliquant ici, c’est un vrai voyage musical à travers le pays.

Qui s'y frotte, s'y pique...

Sakaÿ Shawty est définitivement un poète des temps modernes, il a les mots et le rythme dans la veine. Il incarne la génération d’artistes de notre époque, extrêmement polyvalents, talentueux et engagés dans son art. Retrouvez-le, tout de suite, dans un entretien sans filtre ou il vous livre une petite partie de sa personnalité.

1) Comment te décris-tu ?

Je ne me sens pas à l’aise avec l’idée de me décrire moi même. Récemment, j’ai fait un test de personnalité pertinent et on m’a diagnostiqué « Commandant ». Apparemment, j’ai quelque chose de Napoléon, de Steve Jobs, Jim Carrey, Malcom X ou Tony Soprano: ces jao implacables qui ont un objectif, qui se tiennent au plan, et foncent.

2) Pourquoi avoir choisi SAKAY comme nom de scène ?

Sakaÿ c’est le mot pour « piment » en malgache. Le tréma c’est un style comme les guillemets qu’on place sur un graffiti. C’est un surnom qui me colle depuis le lycée. J’adorais faire des battles de danse. « Il est petit, mais il pique » c’est ce qu’ils disaient, donc j’ai gardé ça.

Après, c’est culturel et symbolique, je voulais un nom gasy et les piments de chez nous sont redoutables. Aussi le rouge c’est ma couleur préférée, et elle incarne bien la passion que j’investis dans tout ce que je fais.

3) Quel est ton rapport avec la musique en général et le rap en particulier ?

Je ne peux pas vivre sans musique. Je ne sais même pas si un être humain peut vivre sans musique. Même si tu n’as rien pour en écouter : tu as forcément un air à siffler pour tuer le silence de ta routine au travail ou ton ennui. De la musique il y en a partout, même notre simple battement cardiaque témoigne un rythme.

En ce qui concerne le rap, il a fait pour moi ce que l’école a toujours eu du mal à faire : me donner le goût d’apprendre et m’enseigner la débrouille. Alors, le rap pour Sakaÿ c’est à la fois une école de la vie, un métier et une entreprise.

4) Que penses-tu de l’industrie de la musique à Madagascar ?

En conséquence du désintérêt pour la culture, du pouvoir d’achat du public, et du piratage, ça n’a jamais été évident de vendre des disques, quand on pense qu’à l’étranger, ils vivent déjà de brand en parallèle et de streaming. Résultat: beaucoup d’artistes se laissent tenter par les millions des cachets de propagande.

Pour être franc, je ne sais pas si le terme industrie peut déjà s’appliquer à notre île, étant donné qu’il y a l’idée de productions de biens dans la notion d’industrie. Ici, ce sont encore les concerts, qu’on peut plus voir comme des prestations de service, qui génèrent une économie qui permet à quelques noms et leur équipe de vivre.

5) Comment est née « SNOWDEN » ?

Pour la petite histoire, on ne pouvait pas faire DIA « sauvage » sans produire un morceau sur la liberté d’expression. Fleym, Gaskarya et moi-même avions rassemblé nos idées pour écrire les 3 couplets sur le sujet et c’est le jour d’après qu’on l’a titré Snowden quand Thony a proposé qu’on fasse un hommage à Edward Snowden, ex-membre des services secrets, et lanceur d’alerte américain qui a révélé au monde à quel point les grandes puissances occidentales nous surveillaient tous.

© Tooln edutainment

6) Quel message souhaitez-vous transmettre à travers ce titre ?

C’est un son qui part d’un constat : la liberté d’expression est en mal dans notre pays, de la petite école au plus haut sommet de l’État. Pour moi c’est la célébration du franc-parler.

Trop de gens sont forcés de se taire pour faire bonne figure ou par peur des menaces de se faire enfermer ou autres. On est en manque de Snowden: on souhaite bousculer les Snowden qu’il y a en chacun de nous.

7) De quoi es-tu certain aujourd’hui ?

Notre pays est plein de potentiel. On a des Barea dans tous les domaines : il est tant de braquer les caméras sur eux, si on veut inspirer les futurs acteurs du changement de notre communauté à passer à l’acte.

« Le rap pour Sakaÿ c’est à la fois une école de la vie, un métier et une entreprise. »

©photos : Jeanfidele Lelouche