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Aventure Professionnelle : Il n’y a pas de honte à commencer plus bas dans la hiérarchie – Témoignage

À Madagascar, la question de l’orientation professionnelle ne se pose qu’une fois le bac en poche. Souvent, le choix de filière dépend surtout de l’influence de la famille, des amis, ainsi que des promesses faites par les écoles lors des salons. Ce qui fait qu’on étudie juste pour étudier et non pour apprendre un métier. Du coup, rares sont ceux qui à la fin des études sont à l’aise au moment de leur premier emploi.

A coeur ouvert...

Cette semaine, nous avons le plaisir de recueillir le témoignage de Nathalie Andriantsialonina. Son parcours est la preuve qu’avec de la persévérance, de la patience et du travail, on peut réussir. D’ailleurs, ces trois adjectifs sont souvent les mots d’ordre de ceux qui sont sortis avec brio du moule de l’enseignement public. Je vous incite à lire le témoignage qui suit, elle nous raconte ce parcours épique.

Parcours du combattant et orientation professionnelle

Si j’ai suivi une session d’orientation professionnelle ? La réponse va être directe : Non ! On a tendance à ne pas me croire quand je dis que j’ai suivi le parcours (du combattant) : EPP (école primaire publique) – CEG (collège d’enseignement général) – Lycée public – Ankatso (ou l’université d’Antananarivo). Autrement dit,  je n’ai connu que le système scolaire/universitaire public (jusqu’à récemment). À l’époque, je n’ai jamais vraiment réfléchi à la vie professionnelle et en parallèle, on ne nous sensibilisait pas à y penser plus sérieusement.    

Après le bac…

Pour moi comme pour nombreux de mes camarades au lycée, la question de savoir quelles études supérieures suivre ne s’est posée qu’une fois le bac en poche. En ces temps là, les instituts privés comme Inscae ou Iscam avaient la côte auprès des nouveaux bacheliers. Mais financièrement, je ne pouvais même pas en rêver. J’étais partie pour suivre des études anglophones à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université d’Antananarivo quand, au dernier moment, j’avais finalement choisi la filière communication, proposée par la même faculté, mais au sein du Département d’Études françaises. Je suis tombée dedans tout à fait par hasard, copiant l’exemple d’une cousine qui a suivi la même formation.

… À la fin des études

Après trois années à la fac, je n’avais toujours pas une idée claire de ce que je voulais faire comme métier, une fois les études terminées. Je me rappelle qu’on venait de terminer la dernière épreuve d’examen pour obtenir notre diplôme de Licence quand notre Responsable de formation nous avait annoncé qu’un des opérateurs télécom du pays recherchait des conseillers clients. Il nous avait encouragés à postuler. L’année universitaire arrivant à son terme, il s’agissait d’une occasion pour s’occuper avant la prochaine rentrée. J’avais donc passé mon premier entretien d’embauche et… je n’ai pas eu le poste ! Ils m’avaient cependant rappelée pour un poste d’assistante de direction. C’est ainsi que 3 mois avant mes 19 ans, j’avais signé mon premier contrat professionnel, un CDD de 6 mois, au sein de la Direction commerciale, marketing et communication du plus grand opérateur télécom de l’époque.

Premier emploi…

Avec le recul, je suis soulagée que mon premier emploi fût un CDD. C’était le début d’un nouvel apprentissage et je suis passée par tous les stades et toutes les émotions: j’ai galéré, perdu espoir, je me suis perdue aussi et j’ai été à bout à plusieurs reprises… Mais je me suis reprise en main et j’ai déployé mes ailes, gagné la reconnaissance de mes boss et j’ai pleuré d’émotion lors de mon pot d’au-revoir (devant tous mes collègues !).

Tout apprendre…

En m’asseyant à mon bureau le  premier jour, je ne savais pas tellement à quoi m’attendre pour les 6 prochains mois que durerait mon contrat. Je remplaçais une personne qui partait en congé de maternité et  ne disposais que de maigres expériences professionnelles, acquises auprès de petites entreprises pendant mes stages. J’ai dû tout apprendre (très bien, mais surtout très vite) car aucune des matières apprises lors de ma formation ne m’avaient vraiment préparée à ce que j’étais en train de vivre. À la fin de cette première journée, j’étais éreintée, je n’avais rien compris à rien et je n’étais pas sûre de vouloir revenir le lendemain. Puis au fur et à mesure que les semaines avançaient, j’arrivais à me retrouver, à surtout comprendre ma place et ses enjeux par rapport à l’organisation complexe de cette grande entreprise.

Terminer les études ou travailler ?

Mon parcours, je pense, est assez atypique, mais mes alliées ont toujours été la patience et la confiance en moi-même devant chaque situation difficile. Dès la fin de ce premier contrat, j’avais repris le chemin de l’université (avec un retard de 1 mois à rattraper) pour faire ma maîtrise en communication (qui se déroulait normalement sur 2 ans). Au terme de ma première année de maîtrise, la même entreprise de télécom m’avait rappelée pour un autre CDD qui, très vite, s’est transformé en CDI. Il me restait cependant une année de recherche universitaire à faire et la rédaction d’un mémoire de fin d’études. C’était à ce moment-là que j’avais ressenti du stress, des incertitudes et des doutes : je voulais terminer les études et avoir un diplôme, mais je ne voulais pas non plus lâcher mon travail. Après réflexion, j’avais demandé une mise en disponibilité de 4 mois (suspension de contrat, sans perception de salaire) pour terminer mes recherches et rédiger mon mémoire. In fine, au lieu de faire ma maîtrise sur 2 années, je l’avais faite en 3 ans, mais je ne regrette absolument pas ce choix.

Pression sociale ?

Quand on est un pur produit du système scolaire et universitaire public et qu’on ambitionne d’occuper un poste important dans une entreprise d’envergure, on quitte la fac avec deux fois plus de pressions sur les épaules.  Dans les offres d’emploi dans les journaux par exemple (concernant certains postes en particulier), je n’ai jamais vu une annonce dans laquelle une entreprise exige que les candidats soient diplômés d’une des facultés de l’Université d’Antananarivo. Au contraire, on voit une tendance, parfois manifeste, à privilégier les candidats issus de certains instituts privés.   Heureusement pour moi, je n’ai pas vécu ce moment de flottement entre la validation du diplôme et la signature d’un contrat de travail. J’avais conscience, sans vantardise aucune, d’avoir plutôt bien géré mon cas. De plus, c’était assez plaisant d’avoir eu une certaine indépendance financière par rapport aux jeunes de mon âge.

Mes conseils...

On ne va pas se mentir, on souhaite tous trouver THE job et THE salaire qu’il faut et ce,  dès la fin des études. Idéalement, on aimerait bien que la recherche d’emploi ne dure pas trop longtemps. Alors, aux fraîchement diplômés, je dirais que dans le monde professionnel, il y a le diplôme mais il y a surtout l’expérience. Les études pour certains d’entre vous ont eu un coût relativement élevé. Cependant, il ne faut pas avoir peur ou encore moins honte de commencer plus bas dans la hiérarchie. Que cela soit en termes de poste ou de salaire, le plus important est d’acquérir les expériences, de faire un travail de qualité et d’apprendre la rigueur professionnelle.  C’est un ensemble de tout cela qui va vous propulser plus loin dans la hiérarchie plus tard.

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