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Mendrika RATSIMA – L’art de vivre

Bouffée d’air… Bouffée d’art…

Cette année, je trouve les actualités particulièrement anxiogènes. Il n’y a pas une seule journée où je ne vois, ne lis ou n’entends pas de mauvaises nouvelles. Ajouter à cela les tracas du quotidien et nos inquiétudes métaphysiques, voilà un bon cocktail pour favoriser la déprime. Heureusement qu’au milieu de tout cela, l’art se présente véritablement comme une bouffée d’air frais. Il nous permet le temps d’un instant de nous évader, de penser à autre chose, de sortir de nos idées noires, de voir le beau… Bref, de nous reconnecter à la vie dans toute sa subtilité.

Un coup de cœur…

Comme vous le savez maintenant, je ne crois pas au hasard. Cela s’est encore une fois vérifié avec l’échange que j’ai eu avec Mendrika RATSIMA, une artiste peintre qui a bousculé ma vision de l’art.

J’ai rencontré une de ses œuvres au détour d’une ruelle à Tuléar avant de la connaître. Je venais de déménager dans une ville que je ne connaissais pas, avec mes doutes et mes appréhensions quant à cette nouvelle vie qui commence. Et voilà que je tombe sur une belle fresque représentant le portrait d’une jeune femme du sud qui semblait me regarder avec bienveillance et intensité. Jamais une peinture ne m’a autant réconforté que ce jour-là.

Quand j’ai eu la chance d’entrer en contact avec l’artiste qui a réalisé cette fresque, il était évident que derrière son immense talent, il y a surtout beaucoup de générosité et de sensibilité à la vie qui d’ailleurs se ressentent dans ses œuvres.

Une artiste dans l'âme...

Je vous laisse découvrir une partie de cette artiste aux mille facettes, à l’imagination sans limites. Le temps de quelques questions, elle s’est livrée sans filtre et en toute spontanéité. Elle est à l’image de ses œuvres, une jeune femme qui chéri la vie et la liberté, et qui n’a pas peur d’envoyer valser les codes trop étriqués de la société.  

1. Comment te définis-tu ?

Je n’ai pas de définitions particulières sur moi-même. Je suis allé demander à des intimes proches de me donner 2,3 mots me définissant… : la rigueur de la désinvolture, la démesure, et l’expression à l’état brut.

2. Comment l’art est-il entré dans ta vie ?

Il n’est pas entré, il a toujours été là…. Je pense. Je ne faisais que tourner autour au lieu de vraiment le suivre. J’étais dictée par un monde qui ne me convenait pas. Je me suis construit mon propre monde et il m’a rejoint. Nous vivons librement heureux.

3. À partir de quel moment as-tu découvert ton propre univers artistique ? Et as-tu décidé d’en faire un métier-passion ?

C’était pendant ma phase d’acceptation. C’est à dire une fois que je me suis acceptée en tant que moi-même, mes défauts extérieurs, mais intérieurs également (qui m’a pris plus de temps), que j’ai commencé à construire mon monde. Le reste venait par attraction et oui, c’est devenu mon métier aujourd’hui.

4. La liberté d’expression est au cœur de l’actualité ces derniers temps, quelle est ta relation avec cette dernière ?

Oui, l’expression pour la plupart se limite par le langage verbal. L’art est un moyen d’expression, et j’ai choisi la peinture, la photographie et tout ce qui est visuel pour faire passer un message ; pour partager un ressenti, pour éveiller la curiosité, pour conscientiser ou provoquer. Après ça a toujours été libre d’interprétation. Quand d’autres sont nostalgiques, d’autres sont dégoutés, émus, tristes, heureux ou en colères.

Cela répond à une question en chacun de nous qui peuvent entraîner des discussions sans limites. Le langage se fait aussi par le corps, la façon dont on vit, notre mode de vie comme nos attitudes peuvent marquer et inspirer des gens. Je n’ai pas de mal à déranger l’ordre social dans mes thèmes donc parce que c’est plus ma vie, mon univers, ma vision personnelle que je transmets dans ce que je fais. Aux gens réceptifs de prendre ou de laisser.

5. La plupart de tes œuvres portent des messages forts, penses-tu qu’un artiste doive nécessairement être un activiste ? Ou qu’une œuvre, quel qu’elle soit doive revendiquer quelque chose ?

L’artiste n’est pas obligé de crier partout qu’il a quelque chose à dire. Son œuvre parle d’elle-même. Un artiste est prisonnier de ses œuvres. Si l’artiste disparaît, ses œuvres demeurent. Il est lié à son œuvre comme son œuvre est un prolongement de sa personne, de son être.

6. Être jeune, femme, et artiste à Madagascar, atout ou faiblesse ?

Être Artiste femme dans un monde d’homme où l’on prône le machisme….

Pour moi je le prends du bon côté pour dire que c’est un atout, d’avoir l’audace de faire face à une société lavée du cerveau, un monde où femme et homme ne sont pas à armes égales. Être une JEUNE femme Artiste dans un monde où l’on t’étiquette parce que tu t’affirmes, parce que tu manques à tes devoirs de femme dictés par la société, parce que tu es libre de tes choix. Atouts ou faiblesses, on ne peut qu’avancer fièrement en se détachant des regards.

7. Que répondrais-tu aux gens qui pensent que l’art est réservé à une élite qui n'a pas à gérer de « vrais problèmes » ?

Je trouve que ce genre de réflexion vient des personnes qui ne veulent tout simplement pas essayer de comprendre, mais jugent par ce qu’ils entendent ou voient. Dans chaque œuvre il y a une histoire à raconter qui ne se raconte pas forcément, mais se sent. Chacun son point de vue. Certaines personnes pensent que c’est une bonne thérapie d’apprécier ou acheter l’art, d’autres comme tu le dis trouvent que c’est une perte de temps et que c’est un monde réservé. À lui de voir.

« … on ne peut qu’avancer fièrement en se détachant des regards. »

8. Que penses-tu de l’accès à l’art à Madagascar ?

Je trouve que plus de personnes s’intéressent de plus en plus à l’art à Madagascar. Les réseaux sociaux aident beaucoup, mais il est aussi d’une grande importance d’aller voir les spectacles vivants, les expositions et toute sorte d’événements culturels.

Pour être franche, tany manankarena olo manantalenta Madagascar (de l’ancienne ou la nouvelle génération), mais on ne favorise pas la propagation ou surtout l’initiation artistique des jeunes générations … D’autres parts, les infrastructures et les initiatives en faveur des projets artistiques sont rares. D’où une méconnaissance de l’art. Indrindra raha mbola MPIHIRA ihany no antsoina hoe ARTISTE.

9. Aujourd’hui, de quoi es-tu certaine ?

Aujourd’hui, je pense que l’autodiscipline et l’auto-expérimentation contribuent plus au développement des gens. Ainsi nous devenons plus libres dans nos choix de vie sans être influencé à faire des chemins qui ne nous conviennent sûrement pas. Vivre de sa passion est un très grand atout, car ça permet d’entretenir /construire son assurance, son estime et sa confiance et aller beaucoup plus vite vers son épanouissement personnel.

10. Quels sont les conseils que tu donnerais aux jeunes qui veulent vivre de leur art ou de leur passion à Madagascar ?

RÊVEZ GRAND. N’ayons pas peur de rêver grand, de s’exprimer comme on peut, de ne pas se sentir opprimé dans le milieu où l’on vit. Ne pas se laisser intimider, mais cultiver son assurance et de toujours croire en soi parce qu’on devient ce que l’on croit.

« On devient ce que l’on croit ! »

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