Témoignages

Ne pas s’emprisonner dans ses rêves – Témoignage

Avoir des rêves et des objectifs clairs dans la vie sont assurément la clé du succès. Cependant, il arrive parfois que la persévérance se transforme en entêtement. À force d’insistance, on risque de passer à côté des autres opportunités qui se présentent à nous. Cela ne veut pas dire abandonner nos rêves, mais les repenser efficacement. C’est ce que notre invitée va vous raconter. Entre sa passion pour la justice, ses objectifs de carrière ainsi que son parcours. Elle vous dit tout. 

A coeur ouvert...

Aujourd’hui, c’est Rindra Harizo qui nous fait l’honneur de partager avec nous son expérience. Femme engagée pour la justice, passionnée de droit et une réelle source d’inspiration pour les jeunes. Elle exerce aujourd’hui en tant que juge d’instruction, tout en affinant son expertise en droit pénal. Je vous invite à lire son témoignage.

Mon parcours…

J’ai commencé mes études supérieures à l’Université de Fianarantsoa, et pour faire court, je suis encore étudiante. Aujourd’hui, après un master recherche en droit international délivré par l’Université de Limoges, j’écris ma thèse de doctorat qui met en rapport les droits de l’Homme et la justice pénale malgache. J’ai débuté dans le monde professionnel comme une stagiaire en communication dans un établissement public industriel et commercial, puis comme responsable de l’évaluation dans cette même entité. J’ai, ensuite, intégré l’École Nationale de la Magistrature. Et, je suis également certifiée de l’Institut international des droits de l’Homme de Strasbourg. J’exerce aujourd’hui en tant que juge d’instruction.

Humilité et persévérance…

Mon parcours est loin d’être exceptionnel. J’ai été major de promotion des principales formations auxquelles j’ai été admise, mais j’ai aussi plusieurs échecs et refus affichés au compteur. Entre autres, mon dossier d’admission en master recherche a déjà été refusé. Ou encore, j’ai dû changer de projet de recherche après quatre refus avant d’être acceptée. Ces échecs m’ont beaucoup appris. J’ai appris à reconnaître que, quelques fois, nos efforts sont insuffisants ou que nous les avons mal optimisés. Il faut avoir l’humilité d’admettre ses propres limites (pour les apprivoiser et les repousser) et l’humilité de venir vers les autres. Il faut avoir l’humilité de dire « aide-moi, je n’y arrive pas seule », « c’est ton domaine d’expertise, explique-moi » ou, tout simplement, « je suis fatiguée, j’ai besoin de réconfort ». On rebondit plus vite en acceptant ses lacunes. On avance plus sereinement avec le soutien des autres, surtout des proches.

Être ouverte aux opportunités…

De mon parcours, j’ai aussi retenu une autre belle leçon de vie : ne pas s’emprisonner dans ses rêves. Le monde a beaucoup à offrir quand on se donne la liberté d’emprunter d’autres voies que son propre projet. Il faut garder ses rêves, travailler dur pour y arriver, mais ne pas exclure les autres opportunités. Mon expérience professionnelle en communication, que j’ai trouvée totalement déconnectée de ma passion du droit pénal et de mon projet de devenir magistrate, m’a servi lors du grand oral du concours pour la magistrature. Je voulais avoir mon doctorat avant de travailler. Faute de moyens, j’y ai renoncé. Avec le recul, j’admets qu’il m’aurait été difficile d’assurer la qualité scientifique de ma thèse sur la justice pénale sans l’apport de la pratique et l’exercice de l’office du juge.

Mon combat…

J’envisage l’avenir avec beaucoup plus de flexibilité qu’il y a dix ans. La magistrature est définitivement ma vocation, mais les travaux académiques me passionnent également. Je continuerai à concilier les deux. Je m’investis plus pour la société, pour les jeunes particulièrement.

Il y a un an, j’ai créé la page Facebook « Lalàna sy Fitsarana ». Je fais de la lutte contre l’ignorance des justiciables mon combat. En effet, aujourd’hui, l’État concentre l’effort sur la législation et la qualité du magistrat. Nous, citoyens, nous devons suivre le mouvement en sortant de l’ignorance, nous instruire pour être des acteurs proactifs des procédures judiciaires qui nous concernent. Nous pouvons et nous devons bâtir la Justice qui répond mieux à nos aspirations. « Lalàna sy Fitsarana » a été créée dans la conscience de ce devoir citoyen de proaction. Elle est minime par rapport à ce qui doit être entrepris dans ce combat, mais c’est déjà un pas.

Au gré de la passion...

Des amies m’ont rejoint dans cette belle aventure. Nous avons des projets d’extension pour la population « hors ligne ». J’écrirai, peut-être, un ouvrage sur un sujet qui me tient à cœur : l’impact de l’aspect humain du juge dans la procédure judiciaire. Admise dans la prochaine promotion des boursiers de l’Académie internationale de droit pénal de Nuremberg (en Allemagne), je compte apprendre énormément des pénalistes d’autres pays pendant cette formation. Je pourrai aussi rejoindre un projet académique qui me séduit. Aucune possibilité n’est exclue, je choisirai au gré du vent, au gré des opportunités, au gré de ma passion pour la Justice !

Mes conseils aux bacheliers…

On ne fait pas du droit parce qu’on a un bacc en lettres, ou parce qu’à peu près tout le monde y va, ou parce qu’on y est admis. C’est une filière qui va demander beaucoup de votre temps et de votre énergie, il faut de la passion pour arriver au bout de son cursus. Si, dès le début, vous ne ressentez pas cette passion, ce ne sera pas évident de s’y lancer.

… aux étudiants en droit…

« Juriste », n’est pas un métier, c’est une manière d’être, d’agir et de penser. Être toujours dans l’équilibre, jamais dans l’excès. Avoir en tête, dans chaque lecture de cours, puis dans chaque devoir, et dans la vie en général, la fameuse balance à deux plateaux de la Justice. C’est la dialectique que nos profs nous demandent ».

… À ceux qui préparent le concours de la magistrature

C’est un concours, il faut persévérer, faire preuve de dépassement de soi. Mais c’est juste un concours, ce n’est pas votre vie. Si vous le ratez, vous ne ratez pas votre vie. La prochaine fois, vous ne recommencerez pas à zéro, vous recommencerez avec de l’expérience. Très peu de magistrats l’ont eu au premier essai. Et si vous ne voulez plus retenter, ce n’est pas bien grave. Ce pays a besoin de jeunes qui ont le sens de la justice dans tous les secteurs. Avant de nous donner le diplôme qu’il faut pour être magistrat, ou avocat, ou tout autre métier judiciaire, nos études en droit nous construisent pour être de belles personnes, qui regardent au-delà d’eux-mêmes, et investies pour une société plus harmonieuse. Si nos études nous ont fait évoluer dans ce sens, nous sommes déjà utiles et valeureux pour notre société, que nous pouvons servir de plusieurs manières.

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